PARIS – UN CADEAU DU CIEL

text robert šoko. translation hanaa hakiki.  berlin april 2016.


2006. L’année commence mal pour moi. Après avoir fait un tabac avec les soirées BalkanBeats, mélange de musique des Balkans et d’électro lancé dans les années 1990s, je perds mon poste à la télé, mon père et ma femme, qui me quitte pour un clown professionnel. Un «vrai artiste », dit-elle. Dans mon loft berlinois, je broie du noir. Un jour, le téléphone sonne. Au milieu d’une mer de bouteilles de bière vides et à peine réveillé, j’entends: « Hello. Robert Soko? My name is Ignace Corso. I call from Paris ». On me connait bien en Allemagne, mais mon contact avec les publics non-germanophones reste limité. Paris?!

 

Arrivée à Orly. Un petit nerveux m’attend. ll parle à peine anglais. Moi aussi. Mais les oiseaux de nuit se comprennent toujours. Ca va être le début d’une collaboration en or avec celui que tout le monde connaîtra comme DJ Tagada. C’est aussi la naissance d’une amitié explosive. Première scène parisienne: ici le public a le sang chaud, et les filles sont pleines de charme. J’y crois à peine: les dignes représentants de „la Grande Nation“ sautent comme des diables sur les rythmes de ma Bosnie natale. Un cadeau du ciel, et le début de ma carrière internationale. Après la performance, c’est la fête. Je suis un habitué du milieu underground berlinois, qui fait alors parler de lui dans toute l’Europe. L’underground parisien est plus petit, mais aussi plus chaleureux. Je passe des nuits folles avec des gens que j’apprends à connaître, à coup de Pastis et de gestes. J’apprends à faire la bise. Même aux hommes.

 

10 ans après, les lieux changent mais le publique répond toujours à l’appel des trompettes. Toujours avec la même fureur. Des filles toujours aussi belles. Des oreilles toujours aussi aiguisées. Je joue maintenant partout dans le monde, et les évènements BalkanBeats sont produits régulièrement à Berlin et Paris, mais aussi à Londres, Budapest, Tokyo et Mexico. S’il est vrai que Londres est la capitale cosmopolitisme, Paris reste celle de la World Music. Comme l’a dit Goran Bregović, la France est un des rares pays occidentaux qui acceptent que des migrants soient aussi des artistes. 

10 ans après, et le bilan est positif. En plus des DJ sets et des soirée BalkanBeats de part le monde, un label, „BalkanBeats Records“, nait cette année et une 6ème compilation “BalkanBeats” est en visu, avec son lot d’artistes représentants l’Hexagone.

 

En bonus, la Ville des Lumières m’a offert une de ses filles pour partenaire, et mon plus beau remix de l’année est un petit bout Berlino-Parisien. Un cadeau du ciel, elle aussi.